Bref éloge de la lettre

eloge de la lettre

Du papier, une plume. Vous n’avez même pas besoin d’enveloppe, vous pouvez créer une enveloppe avec une autre feuille de papier, l’une enveloppant l’autre avec précaution. Il vous suffit ensuite de sceller les quatre coins avec un peu de cire qui noircit malheureusement quand on penche un peu trop le bâton, puis l’application mate et froide du cachet: et voici le doux objet rectangulaire, léger comme dix plumes de pigeons, entre vos mains. Ensuite il y a le dos de la main qui caresse avec application le recto en écrivant l’adresse, et le timbre humidifié de manière toute personnelle – ah pardon, c’est vrai, on a inventé les hygiéniques timbres autocollants- et le geste rapide, irrémédiable et un peu magique, le lancer dans la mince ouverture de la boîte aux lettres. Je ne vois pas pourquoi je n’admirerais pas plus le trajet d’une lettre qui parcourt 3000 km en trois jours que le sms envoyé instantanément.

Car oui, je me suis lancée dans cet éloge non sans quelque arrière-pensée : la lettre dépasse superbement le mail, le sms, les messageries instantanées des réseaux sociaux et autres merveilles enserrées dans un écran à cristaux liquides. Parce que le message n’est plus objet, parce qu’il ne dure pas ou alors s’entasse et est rarement relu, parce qu’il est fondamentalement plus court et plus superficiel. Je sais bien qu’on peut s’écrire des mails immensément longs et profonds mais le support ne l’encourage pas. Vous commencez rarement rarement un mail par « cher/chère », de même vous ne pouvez commencez directement une lettre par « ah au fait.. ».

Au-delà donc de la matérialité de l’objet -allez donc me nouer un ruban rouge autour de vos messages facebook- le temps pris pour l’autre à travers la correspondance est significatif et tellement plus précieux que la vitesse de frappe de vos doigts sur un clavier et le clic sur le bouton envoyer. Cette temporalité autre vous introduit dans une certaine méditation, un retrait hors de l’agitation. Vous avez besoin de vous installer, de peser vos mots que vous ne pourrez effacer  à coups de suppr, et le contenu s’en trouvera forcément changé, bienheureusement alourdi de réflexion. C’est ainsi qu’une correspondance peut faire naître des amitiés profondes en s’aventurant là où le mail n’oserait spontanément se risquer. Quand la lettre est longue, le sms lui se taille à coups d’abréviations même si vous avez un forfait illimité ; vos pouces se bousculent et tentent d’atteindre les bons caractères : vous n’allez pas faire durer cet exercice une demie-heure.

Mon Dieu, tout cela n’a décidément rien à voir ! Je remarque aussi que d’une manière générale, la technologie si pratique renonce tellement souvent à l’esthétique ! J’aimerais supplier le graphiste de Skype de revoir sa copie, ce bleu, ces smileys gigantesques, ces sons bizarres d’appel et d’entrée….On rentre dans un cadre où ne reste personnelle que la parole. Alors de grâce, allez vous chercher un café ou un bureau, du papier et un stylo et expérimentez ce moment un peu réac et franchement délicieux, le reste vous paraîtra désormais bien plus fade. Et vous découvrirez aussi la joie d’aller chercher votre courrier, le cœur battant en tournant la clé dans la minuscule serrure, car il ne se réduira plus désormais à des factures et des catalogues Carrefour. Un nouveau moyen d’ajouter quelques graines d’enchantement à vos vies?

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